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jeudi 25 février 2010

Pédagogie et gratuité ?

Dans le prolongement de mon précédent billet sur la notion de gratuité, je rebondis sur le billet de Pierre FRASER, Bloguer ou ne pas Bloguer, That is the question.


On peut y lire : 


Ce qui est gratuit et facile ne compte pas pour eux.


Au delà des interrogations de l'auteur sur l'intérêt de bloguer, interrogations qui m'assaillent aussi, je suis tenté de faire le parallèle avec une expérience que j'ai mené en classe ce trimestre.


Ainsi qu'en témoigne le contenu de mon blog, je vise à produire des activités pédagogiques où l'apprenant, placé en situation d'autonomie, dispose de toutes les informations dont il peut avoir besoin pour mener à bien la tache que je lui confie.


J'ai peaufiné cette pratique depuis quelques années déjà : avec le recul, je constate que mes apprenants apprécient cette méthodologie parce qu'elle les rassure.
Ils disposent d'un filet de sécurité puisque je les guide pas à pas : ma seule exigence, parvenir au bout de l'activité et produire ce qui est attendu dans le respect des consignes...


Je leur fournis, gratuitement, tout ce dont ils ont besoin...


L'expérience démontre que, pour autant, ils n'intègrent pas forcément mieux les connaissances et les savoir-faire que je cherche à transmettre : placés en situation de ré-utiliser les notions abordées, ils ne témoignent pas d'une dextérité proportionnelle à l'effort que je fournis pour les accompagner...


Ce trimestre, j'ai tenté une autre approche...


Après leur avoir présenté oralement, des documents techniques "métier", en insistant sur les informations contenues et la finalité du document (Ils devaient prendre des notes...), j'ai demandé à mes apprenants de produire en bureautique, chacun des documents présentés.


Les consignes :

  • produire un document utilisable et utile en situation réelle, vérifiable sur l'exploitation agricole du lycée ;
  • produire individuellement, mais la recherche de solution peut être collective ;
  • utiliser les fonctionnalités des logiciels (par centrer avec l'outil centrer, non avec des espaces).

Je  n'ai fourni aucun modèle, aucune explication complémentaire, si ce n'est la grille d'évaluation...


Et devinez quoi, ils se sont débrouillés, entraidés.
Ils ont trouvé des solutions aux problèmes qu'ils rencontraient.
Les documents produits sont lisibles, contiennent toutes les données requises...


Pas d'information gratuite à disposition, seulement des exigences, payantes au sens que leur respect sera payant dans l'évaluation...







mardi 23 février 2010

Une fois n'est pas coutume (4) : Je philosophe sur la gratuité...

L'historique de mes lectures de ces dernières semaines, confrontés à certains évènements récents me conduit à m'interroger sur la notion de gratuité.


Ma réflexion débute avec ce billet de MissMath qui s'agace de devoir réduire ses exigences pédagogiques face à  la fonctionnarisation de ses étudiants.


Elle constate qu'il est de plus en plus difficile de motiver ces derniers.
Selon elle, mais je partage cette vision, nos étudiants considèrent les études comme un travail, qui débute à heure fixe, se termine à heure fixe, si possible sur une durée la plus courte possible...
Dans ces conditions, quid de la valeur du travail ?


Cet agacement prolonge une réflexion de Missmath qui cite l'argument ultime d'une de ses collègues face à un élève peu motivé par les maths : 


"Écoute, c'est pas toi ni moi qui allons changer les exigences du Ministère et si tu veux avoir ton diplôme, il faut que tu passes mon cours, alors organise-toi pour passer." 


Le décors est planté : on vient à l'école comme on va au travail.
La différence ?
Le mode de rémunération : "Travaille bien mon fils, tu auras ton diplôme !"...


Dès lors, faut-il s'étonner que les pouvoirs publics envisagent de rémunérer les élèves pour lutter contre l'absentéisme ?


L'étudiant n'apprend pas par plaisir, voire pour s'assurer un avenir meilleur, il apprend parce qu'il est payé pour çà !


Ma réflexion se prolonge avec ces deux billets de Maxime GRANDCHAMP :


On peut y lire, en substance, que rien n'est jamais gratuit : ce qui est gratuit pour le consommateur, ne l'est pas pour l'entreprise !


Je continue ma réflexion à partir du vécu développé avec mes élèves de 3ieme : j'aborde avec eux la notion de logiciel libre et leur demande une définition.
La réponse est quasi unanime, c'est un logiciel gratuit.
Richard Stallman a dû se retourner dans sa tombe...


A propos de logiciel libre, François GUITE, sur son fil Twitter, s'interroge :


"Que serait Linux s'il avait les mêmes moyens de promotion que Microsoft ou Apple ?"


Dans ce cas, comment financer une campagne de promotion pour un produit né de l'altruisme d'une communauté qui, par le biais du Copyleft, conçoit, un produit afin que chaque utilisateur reste maître de son outil.


Selon moi, la confusion de mes élèves vient des pratiques qui se développent dans ce qu'il est convenu d'appeler l'économie du libre.
Le produit appartenant à tout le monde (Copyleft) en général et personne en particulier, n'aurait-il pas de valeur marchande ?


Afin de rentabiliser l'altruisme initial, la tendance est de vendre des prestations pour faciliter la mise en oeuvre de ces outils libres.


A ce stade de ma réflexion, nous voilà revenu au point de départ de mon billet : l'embardée d'une discussion sur Twitter.


En fait, à l'origine de cet avis de tempête, est un billet de David CORDINA sur Apprendre2.0 annonçant la tenue d'EDUCAMP 2010 où, par le biais d'un commentaire, puis d'un billet, Florence MEICHEL soulève la question de la gratuité des interventions des intervenants...


"pour créer des évènements "gratuits", les organisateurs font l'impasse sur la rémunération des différents acteurs !
Alors bien sur, quand les intervenants sont des fonctionnaires comme ceux qui travaillent dans l'éducation nationale, cette contrainte n'en est pas vraiment une puisqu'ils sont payes a la fin du mois de toute façon...
La situation est très différente lorsque les intervenants relèvent d'un statut plus précaire comme celui par exemple du free-lance ou de l'auto-entrepreneuriat !"


Tout d'abord, je tiens à rappeler que l'état rémunère les fonctionnaires pour au moins deux raisons :

  • faire le travail qu'il lui confie ;
  • faire le travail qu'il lui confie sans subir la pression des divers acteurs davantage préoccupés par la défense de leurs intérêts que de celle de la communauté.
Je vis mon statut de fonctionnaire et la stabilité d'emploi associée comme une opportunité de travailler sereinement, d'être pleinement disponible pour mener à bien les tâches qui m'incombent sans souci du lendemain...



Dans la société occidentale actuelle, celle dans laquelle je vis, tout est devenu monnayable, rien n'est gratuit, en dépit des apparences...


Que l'on me reconnaisse au moins le droit de faire don de mes prestations intellectuelles lorsque l'on me fait l'honneur de les solliciter !