samedi 5 décembre 2009

Les jeunes et leur pratique d'Internet : conséquences pédagogiques (2)

Le CEFRIO publie son Rapport Synthèse sur l'Analyse de la Génération C, la première génération ayant grandi avec Internet.


Le lecteur pourra se reporter à mon précédent billet sur l'usage d'Internet par les jeunes, publié il y a un an.


L'analyse porte sur les jeunes québécois, mais il semble que sur le plan de l’utilisation des TI, les « C » québécois ressemblent grosso modo aux « C » des autres pays industrialisés (cf. Page 9).



Parmi les nombreuses informations délivrées dans cette étude, mes centres d'intérêts (la pédagogie comme chacun sait... ou le découvre avec ces lignes), me conduisent à focaliser mes souvenirs sur les données présentées en pages 17-20.


On y apprend notamment que :

...sur une échelle de 1 à 5 où « 1 » signifie « nul » et « 5 » veut dire « excellent », 83 % des « C » estiment qu’ils se situent au niveau 4 ou 5 en ce qui a trait à la maîtrise des logiciels de traitement de texte. Cette proportion s’élève à 93 % pour ce qui est des moteurs de recherche et à 59 % sur le plan de la connaissance de PowerPoint, un logiciel de production de présentation.
Une moins grande proportion de « C » estiment qu’ils se classent au niveau 4 ou 5 en ce qui a trait à l’usage d’outils un peu plus spécialisés comme Excel (37 %), les logiciels de production de pages Web comme Dreamweaver (16 %) et les applications de création et d’édition de vidéos ou de documents audio (28 %).
Sans surprise, les Québécois de 18 à 24 ans se disent généralement plus aptes à réaliser les tâches TI ci-dessus que les élèves de 12 à 17 ans, sauf lorsqu’il est question de production de pages Web et de création-édition de documents vidéo ou audio.
Notons enfin que 69 % des jeunes se croient « très bons » – ils estiment qu’ils se situent au niveau 4 ou 5 – lorsqu’il s’agit d’aider quelqu’un d’autre à utiliser un ordinateur. Plus précisément, près de la moitié des grands utilisateurs d’Internet (47 %) se croient « excellents » dans ce domaine, par rapport à 34 % de tous les 12-24 ans. Fait à noter, cette belle assurance est le fait de plus de garçons (39 %) que de filles (29 %).
Je suis confronté à cette vision dans ma pratique quotidienne.
Il devient de plus en plus difficile d'enseigner l'informatique, la bureautique et l'utilisation d'Internet à des jeunes qui sont persuadés de maîtriser le sujet.
Les jeunes ne cherchent pas à approfondir leur maîtrise technique.
Ils possèdent les bases qu'ils estiment nécessaires et suffisantes pour mener à bien leurs usages des technologies de l'information (cf. page 7 de l'étude : classement par ordre croissant d'importance).



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Communiquer par courrier électronique
Écouter ou télécharger des films en ligne
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Il m'est dés lors, très difficile de les amener à s'intéresser aux subtilités des outils bureautiques comme les styles, les formules conditionnelles... d'où ma constante recherche de stratégies/tactiques pédagogiques pour y parvenir.


Je suis néanmoins rassuré de constater que (cf. page 18) :


Les jeunes estiment qu’ils ne savent pas tout d’Internet et des TI.
Ainsi, 38 % souhaiteraient que l’école, le cégep ou l’université les aide à se familiariser avec de nouveaux logiciels ; 36 % voudraient savoir comment mieux distinguer une source d’information fiable d’une autre, moins crédible ; 32 % aimeraient améliorer leur maîtrise de Google ; 26 % souhaiteraient en savoir davantage sur les lois relatives à Internet ; et 26 % aimeraient qu’on leur parle davantage des dangers potentiels associés à l’utilisation d’Internet.
Les questions de fiabilité des sources intéressent particulièrement les étudiants du niveau collégial ou universitaire, tandis que les 12-17 ans et les non-francophones comptent parmi les jeunes les plus désireux d’approfondir leur maîtrise des moteurs de recherche.

Si leur intérêt pour la technique pure s'émousse (cf. ci-dessus), ils sont conscients de l'importance d'approfondir leurs connaissances sur les usages des technologies de l'information.


Enfin, au risque de me mettre à dos de nombreux collègues enseignants, je partage le relatif pessimisme qu'ils expriment (cf. page 19) :
Seulement un élève ou étudiant québécois sur trois (35 %) croit qu’actuellement, « la plupart » de ses enseignants « disposent des connaissances adéquates pour l’accompagner dans son apprentissage des technologies ». Pour ce qui est de l’expertise nécessaire pour faire ce travail, 46 % des « C » croient que « quelques-uns de leurs enseignants » en sont dotés, tandis que 17 % estiment que cette compétence manque à tous leurs professeurs.

4 commentaires:

Gaël PLANTIN a dit…

Petit ajout de dernière minute :

Tech Angels: quand les élèves forment leurs profs

Au Wellington Girls’ College, en Nouvelle Zélande, les rôles sont inversés et les élèves se chargent de la formation de leurs professeurs dans l'utilisation des TIC.

SylvainB a dit…

Maîtrise des outils vs usages qu'on en fait = la principale distinction que je fais de plus en plus moi aussi...

Le plus important n'est pas d'apprendre par coeur les fonctionnalités d'un logiciel, mais bel et bien de développer une méthode qui permettra d'utiliser et de découvrir les différentes fonctions de différents logiciels, lesquels évoluent à une vitesse parfois fulgurante !

Stéphane Leprince a dit…

Etre "en classe", face à des ordinateurs c'est aussi les mettre en difficulté face aux autres du groupe vis à vis de leurs compétences à utiliser les tic. Même si ils affirment se satisfaire des connaissances qu'ils ont, on remarque vite leurs difficultés à simplement s'identifier sur un réseau informatique ou ne pas oublié leurs idenfiants de leurs différents comptes web.
Les espaces publiques numériques qui accueillent et forment les personnes nécessitant d'être accompagné dans leurs usages du numérique ou ne disposant pas d'accès Internet chez eux, constatent une difficulté à faire rentrer dans ces espaces des jeunes. Comme si rentrer dans un EPN montrait aux autres qu'il n'avait pas accès chez lui aux TIC ou bien encore qu'il a besoin d'être formé...
Souvent les stagiaires ados que je forme ne savent même pas si ils ont une boite mail, ils savent qu'ils ont msn, ou maintenant un profil Facebook, pas plus.
Sylvain, effectivement, l'important ce n'est pas former à des gestes de reproduction, mais d'amener à apprendre à apprendre l'usage des fonctions des logiciels.
Formés de la sorte, nous formerons des personnes capables notamment de s'adapter aussi bien à des logiciels commerciaux qu'open source.

Gaël PLANTIN a dit…

Je suis d'accord avec ton analyse Stéphane.

Ils mémorisent le minimum nécessaire à leurs usages sans chercher à approfondir pour identifier les fonctionnalités qui pourraient leur simplifier l'usage.

Je constate aussi que d'une formation à l'autre (BEP -> BacPro) il faut souvent reprendre les bases, comme si ils re-découvraient les fonctionnalités avancées...

En fait, ainsi que tu le soulignes, ils amalgament l'outil et sa fonctionnalité première, sans davantage se poser de question.