mercredi 15 juillet 2009

Les pratiques à l'école sont-elles immuables ?

Je réponds dans ce billet, à l'intéressant échange, initié chez Missmath, qui témoigne d'une diversité de vécus et de ressentis somme toute biens connus.

Rédiger une réponse sincère, sans blesser, sans déprécier, les uns ou les autres est un véritable défi que j'espère réussir...

Afin d'y réussir au mieux, j'ai pris la liberté de répondre sur mon blog afin de disposer d'un outil de mise en page plus apte à faciliter ma rédaction.

Selon moi, nous sommes en présence de deux, voire trois, catégories d'enseignants contributeurs :
  1. Les contributeurs anonymes eux-mêmes subdiviser en deux sous-ensembles :
    • Les contributeurs anonymes en questionnement ;
    • Les contributeurs anonymes persistants.
  2. Les contributeurs identifiés.

Je ne cherche pas à généraliser, je me contente d'exprimer ce que je perçois à la lumière de mon expérience.
Je ne reviendrais pas sur les motivations qui poussent les anonymes à le rester.
A ce sujet, je renvoie à la lecture de ces deux billets
1/2.

Anonymes en questionnementAnonymes persistantsIdentifiés
  • Le système est perçu comme trop lourd, étroit ;
  • S'exprimer peut être risqué.
  • Le système est perçu comme trop lourd, étroit ;
  • S'exprimer peut être risqué.
  • Le système est perçu comme trop lourd ;
  • La liberté pédagogique permet de contourner en partie le système ;
  • Echange de Bookmarks, d'expériences au sein d'un groupe identifié de collègues.
Volonté de réfléchir sur le comment d'une pratique renouvelée.

Besoin de communiquer, d'échanger avec d'autres, sans contrainte.
Volonté de perfectionner le système sans changer de postulat.

Echange de sujets, d'exercices issus du même moule.
Volonté :
  • d'expérimenter ;
  • de mettre en pratique ;
  • d'échanger sur cette praxis.

cf. ce billet de Bruno DEVAUCHELLE.


Chacun dans son contexte fait ce qu'il peut avec ce qu'il a...

Nous avons tous constaté l'inertie du système ET celle de ses acteurs.
Selon l'âge, le vécu, le contexte professionnel, nous choisissons des voies différentes pour mener à bien nos missions.

Je partage, en partie, le pessimisme ambiant sur le système (scolaire ou sociétal).
Compte tenu :
  • de mon échelle de temps ;
  • de ma capacité d'investissement social ;
il me semble plus efficace d'utiliser le système de l'intérieur, au profit de mes apprenants.

Il m'arrive de dire que mes apprenants ne travaillent pas assez... pourtant, lorsque je prends le temps de me rapprocher d'eux, je découvre qu'il n'en est rien :
  • D'un point de vue académique, ils n'ont rien appris, et pourtant, je suis frappé par l'étendue de leurs connaissances sur les sujets qui les motivent.
  • Ils sont capables de réciter par coeur des quantités astronomiques d'informations relatives à ces mêmes sujets.
  • Ils ont su identifier les ressources bibliographiques pertinentes et les exploiter : d'accord, ils focalisent leurs recherches sur Internet au détriment d'autres supports, mais, ne vivent-ils pas avec leur temps ?
Si je devais les évaluer par rapport aux exigences du système, alors, ils seraient nuls.
En revanche, les évaluer (cf. mes nombreux billets de blog), selon d'autres approches,plus globales, conduit clairement, à vérifier qu'ils ont su, en toute autonomie, répondre à cette question :


Dans la mesure du possible, je tente d'organiser mon enseignement autour de leurs pré-occupations.

J'essaie d'identifier leurs questionnements pour les inciter à y répondre eux-mêmes dans le cadre d'activités que je veux inspirer par l'Enquiry Based Learning.

Je tente de baliser leur cheminement personnel en les invitant, avec insistance tout de même ;o), à formaliser leurs acquis par la rédaction d'une trace d'apprentissage.

Je renvoie à la lecture de ce billet et des commentaires associés, relatif aux circonstances et aux motivations qui peuvent induire une pratique évaluative différente.

Pour en revenir au point de départ de ce billet, il me semble que les deux approches défendues ne sont pas antinomiques.

Il faut préparer nos apprenants à réussir dans la société où ils vivront :

Mixer le meilleur des deux devrait permettre, sans faire table rase du passé et de l'existant, d'évoluer, certes lentement, vers des pratiques où nos apprenants se reconnaitront davantage.

Pour répondre plus directement aux incertitudes de BlagCuiCui, j'ai pu moi-même, tout seul, constater qu'en dépit du soin que j'apporte à la conception de mes activités pédagogiques, je ne suis jamais aussi efficace que quand je saisis au vol l'opportunité d'un apprentissage.
Aussi proche soit-elle de la réalité, une activité pédagogique élaborée comme telle, n'en reste pas moins coupée de l'instant opportun à l'apprentissage qu'elle vise.


En gage de l'humilité de mes propos, je laisse le soin à Albert EINSTEIN de conclure :
  • C’est le rôle essentiel du professeur d’éveiller la joie de travailler et de connaître.
  • La théorie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne.
    La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi.
    Ici, on a réunit la théorie et la pratique: rien ne fonctionne, et personne ne sait pourquoi.